Rendez-vous
avec Alix Girod de l’Ain

Une rencontre dans le cadre du cycle des « Conversations d’Agnès », événement culturel depuis 2016 à l’Hôtel de Paris Saint-Tropez.

Alix Girod de l’Ain : « Mes grands-parents se sont rappelés à moi quand j’ai commencé à écrire ce livre sur Saint-Tropez ».

J’ai connu Alix à 20 ans. Nous étions toutes deux à Assas, en Information et Communication. Nous avions fait un exposé ensemble sur « La politique à l’affiche », qui nous avait valu de nous rapprocher. Et de beaucoup rire. Puis Alix s’est mariée, à 21 ans, faisant le beau mariage attendu par sa famille, mais aussi un mariage qui dure avec un homme délicieux et éditeur, Laurent Laffont. Toujours présent !

Nous nous sommes perdues de vue, prises dans le tourbillon de la vie, et c’est sur les rivages de Saint-Tropez que nous nous sommes retrouvées. Comme au premier jour. Magie de Saint-Tropez, qui permet les rencontres et les retrouvailles. Magie de cette phrase célèbre qui vaut pour notre village chéri : Tous les chemins mènent à Saint-Tropez ! À commencer par celui de son grand-père, Paul Blanchet, dit Le Saint-Pathique, et de sa magnifique épouse, dite Nanette, qui débarquèrent de Marseille en voilier pour jeter l’ancre au Grand Hôtel de Beauvallon d’abord, puis dans un hôtel que nous connaissons bien : l’Hôtel de Paris Saint-Tropez. Le premier grand hôtel de Saint-Tropez.

Paul, le flamboyant, construit en 1953 la première maison de ce qui s’organisa l’année suivante sous le nom Les Parcs de Saint-Tropez, un ensemble de bâtisses sans portail ni alarme, où tout le monde se connaissait, courant pieds nus de l’une à l’autre. Il la baptisa Le Mas du Gaou, autrement dit Le Mas du Coq, en provençal.

Paul, grand-père adoré d’Alix et de ses deux sœurs, Anne et Désirée, fut la figure mythique d’une enfance et d’une adolescence heureuses, libres et audacieuses.

Paul élevait les trois innocentes à sa façon, à savoir : un bon conducteur (et une bonne conductrice) se reconnaît à la façon dont il conduit quand il est ivre. C’est ainsi qu’il leur offrit, à 14 ans, un scooter chacune et qu’il décida de les entraîner (à boire) au bar du YACA afin qu’elles acquièrent au plus tôt la maîtrise de leur véhicule ! Pari réussi : saluons chez Alix la parfaite maîtrise du scooter en toutes occasions.

Paul, personnage pivot de ce livre dédié à Saint-Tropez, celui d’hier et celui d’aujourd’hui, est emblématique d’un certain Saint-Tropez : festif, élégant, joyeux, libre, risque-tout, sans snobisme de classe ni intérêt financier. Un rapport gratuit à la vie. Un rapport généreux et entier. Quand il débarque à Saint-Tropez, il est à la tête d’une fortune importante née de ses activités de transbordement maritime. Son défaut, ou sa qualité, est d’être dépensier. À 45 ans, il décide de prendre sa retraite et de profiter, laissant les rênes de l’affaire familiale à son fils : c’est la catastrophe.

La maison des Parcs, symbole de réussite et de jours heureux, sera vendue en 1983. Alix a 18 ans. Elle a perdu son père l’année d’avant. De ces deux années horribilis, elle tire un enseignement et fait un choix radical : celui de la joie. Du partage et de la parole. Car elle apprit du jour au lendemain que la maison avait été vendue, sans avoir eu le temps de lui dire au revoir. Avec humour, la famille se retrouvera, après la vente du Mas du Gaou à l’un des plus riches hommes d’affaires français, dans une maison qui sera baptisée La Modeste. Une maison au charme fou, à deux pas des Canebiers, pleine de livres et d’artichauts barigoules qui mijotent chaque été. Pleine de copains et d’enfants. De petits-enfants maintenant. Et de vieilles copines !

Alix, journaliste de talent que vous connaissez, éditorialiste à ELLE pendant 30 ans, Dr Aga à ses heures quand elle veut déconner plein pot, est aussi auteure et scénariste. Elle est la femme de Laurent, la fille d’Annie, qu’elle a enterrée au cimetière marin en mai dernier, la mère de trois enfants (dont l’un porte le prénom magique : Paul), qui n’ont pas connu le Mas du Gaou et ont grandi heureux entre les murs frais de La Modeste, bercés par le chant des cigales à l’ombre des grands pins.

Je retrouve chaque été Alix dans notre village. Notre village aimé. Elle vient de lui dédier un livre – sous forme de BD – qui nous émeut et nous dévoile encore de nombreuses anecdotes croustillantes, poétiques et attachantes. Vous y découvrirez, au pas de course, la belle et grande histoire de Saint-Tropez, exemple de vagues d’immigration sans perte d’identité, une identité forte qui a ses rites et ses règles. Ses codes aussi.

Dont celui qui fait titre : « Saint-Tropez expliqué à ceux qui disent Saint-Trop’ ». Snob, Alix ? Certainement, mais ici nous sommes tous d’accord : ceux qui disent « Saint-Trop’ » sont souvent des gens qui font montre d’une familiarité factice à l’égard de notre village.

Souvent même, ils n’y ont jamais mis les pieds !

Or, n’est pas adoubé tropézien qui veut : il y a des rites de passage et des codes, car Saint-Tropez se mérite et… ne s’abrège pas !

Agnès Bouquet 🌻

Réservation obligatoire. Merci de bien vouloir confirmer votre présence en écrivant à agnesbouquet75@gmail.com.

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