Rendez-vous
avec Sarah Chiche
Une rencontre dans le cadre du cycle des « Conversations d’Agnès », événement culturel depuis 2016 à l’Hôtel de Paris Saint-Tropez.
« L’écriture est le but essentiel de mon existence », explique l’énigmatique Sarah Chiche, qui précise : « Je suis écrivain et psychanalyste et non l’inverse », puisque le vœu d’écriture s’est formé chez elle à l’âge de neuf ans. Un vœu d’écriture, mieux, une promesse secrète faite au père. Ce père mort alors qu’elle avait quinze mois. Un père « non représenté » car on n’a pas de souvenirs à cet âge-là. Mais un père aimé car « il n’est pas nécessaire de connaître pour aimer », dit-elle encore. Certes. Ni de connaître pour imaginer. C’est-à-dire mettre des images là où il n’y en avait pas.
Entrée directe dans l’écriture du trauma, la seule qui vaille, le nerf de la guerre. À la vie, contre la mort. Une écriture essentielle. Un livre magnifique.
En six livres (L’inachevée, Les enténébrés, Saturne…) et trois essais (dont Une histoire érotique de la psychanalyse), Sarah Chiche trace une ligne incandescente dans le paysage littéraire français. Elle travaille avec sa matière propre, son histoire familiale, et se nourrit du monde qui l’entoure, mais aussi de ses maîtres, les grandes figures de la psychanalyse, surtout pas des gourous du développement personnel qu’elle exècre. Son histoire, éminemment romanesque, commence en Algérie, où est né Émile, le père de son père, Harry, et de son oncle Armand. Patriarche à la tête d’un empire médical qu’il a dû abandonner au moment de la guerre et reconstruire en France. Une histoire de fils dissident (Harry). De belle-fille indésirable (sa mère Ève). De fragilités, mais aussi de lâchetés, d’égoïsmes, de chemins tout tracés qui écrasent des vies entières.
Et pourtant, aimer. Aimer comme une injonction. Aimer comme une rébellion. Aimer plutôt qu’être aimé. Aimer comme un plaidoyer pour la vie, la sortie lumineuse de ce livre de la maturité. Fini les ténèbres. Sarah Chiche, visage sérieux et chevelure luxuriante. Gravité confirmée, mais drôlerie débridée. Cinquante ans presque. Le 21 mai prochain. Sarah Chiche, le seul écrivain qui ne sourit pas quand elle est invitée à La Grande Librairie, mais écoute l’animateur comme on l’imagine écouter ses patients, c’est-à-dire avec cette neutralité bienveillante propre aux psys.
Cinquante ans, l’âge d’Alexis et Margaux, les héros de son roman. Deux enfants perdus dans le monde des adultes que nous suivons depuis cette rencontre inaugurale (ce sauvetage de la fille par le garçon) à l’âge de neuf ans et que l’on poursuit au rythme effréné de la vie, quarante ans durant, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent — au hasard d’un supermarché — et se rencontrent à nouveau. Pour de vrai, diraient les enfants qui n’ont plus le temps de jouer. Pour de vrai et par la grâce de l’amour : « L’amour n’est pas une trouvaille, affirme Sarah Chiche, mais une retrouvaille : le plus ancien redevient alors le plus jeune. »
« L’amour, c’est quand on rencontre quelqu’un qui vous donne de vos nouvelles », dirait encore André Breton. Réjouissons-nous d’en prendre de cette âme singulière, libre comme l’air, qui confie une seule addiction, « au café », quand elle commence sa journée d’écriture dès cinq heures du matin et poursuit par celle de psy à neuf heures, fière de ses deux engagements qu’elle dit hermétiques, mais complémentaires.
Ne renonçant à rien. Heureuse de vivre et d’écrire.
Enfin.
Agnès Bouquet
Réservation obligatoire. Merci de bien vouloir confirmer votre présence en écrivant à agnesbouquet75@gmail.com.
Rendez-vous
avec Sarah Chiche
Informations
- Samedi 16 mai 2026
- À partir de 19h30